Covid-19 : un regard supplémentaire sur la crise de 2020

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Un état des lieux

Les médias en ont parlé, encore et encore durant les semaines qui ont rythmé notre confinement ; des spécialistes en tout genre y sont allés de leurs prévisions et de leurs recommandations. Finalement, c’est tout un chacun, à notre manière et à notre échelle, qui s’est exprimé sur cette thématique. Sachant ou non, le sujet fut dans toutes les bouches, monopolisant les débats et échanges de ces derniers mois. Le virus SARS-CoV-2 (ou covid-19) constitue une épidémie majeure de 2020 qui a marqué l’ensemble de la population occidentale. Par le changement brutal imposé dans nos manières de vivre au quotidien, de travailler et d’entretenir nos liens sociaux, cette épidémie constitue une catastrophe à l’échelle mondiale.

Dans cette prise de parole, en lien avec les champs de recherche qui m’animent depuis plusieurs années désormais, je n’entends pas apporter de réponses ou m’ériger en donneur de leçons. Je ne souhaite pas non plus revenir sur les causes, ce qui aurait pu être fait ou évité. Mon objectif est de tenter, par l’écriture, de poser des mots et ainsi amorcer une phase de recul sur ces événements récents dont nous ne mesurons pas encore les conséquences profondes sur notre société.
Voyez-y une réflexion partagée, ouverte et sans prétention.

L’ampleur de la crise du covid-19 est en effet difficilement mesurable. Le modèle de notre société occidentale, où tout va (trop) vite et où il est possible de rallier un bout à l’autre de la planète en moins d’une journée entraina une propagation rapide du virus. Michel Lussault parle ainsi d’une hyperspatialisation, un tissage entre les individus exemptés des limites territoriales géographiques que nous pouvions autrefois connaitre. C’est là une amorce pour comprendre l’amplitude de cette catastrophe.

Conséquences : le risque de cascade

La vitesse de propagation a provoqué une succession de petits événements, dont certains n’étaient pas directement liés à la problématique épidémique, qui ont eux-même entrainé des réactions variées. Nous peinons aujourd’hui à mesurer l’ensemble des conséquences de la crise, notamment du confinement, sur notre quotidien et/ou sur le contexte mondial. Outre l’aspect économique, fortement impacté dans certains secteurs, ce sont les fondements de nos interactions sociales et donc de nos habitudes culturelles qui ont été perturbé par obligation. C’est un véritable choc causé tant par l’épidémie que par les mesures qui ont suivi (le confinement de la population notamment).

Sur le plus long terme, cette crise épidémique s’impose comme un nouveau paramètre à intégrer à notre quotidien, un risque de plus à ajouter à la liste des possibles. À la manière des risques nucléaires, sismiques, d’inondation et bien d’autres, l’épidémie s’est révélée comme un scénario plausible face auquel nous n’avions pas de réponse. L’absence d’anticipation, non pas de l’émergence du virus en lui-même, mais du traitement de sa propagation et des mécanismes qu’elle active a pu provoquer ou provoquera – nous le saurons plus tard- des phénomènes dits de cascade.

Cette cascade, c’est l’idée qu’à partir d’une catastrophe initiale, les prises de décision pour compenser la perturbation initiale entrainent une surcharge de certains secteurs jusqu’à conduire à son dysfonctionnement. Ce dernier enfante à son tour des désastres mineurs, mais multiples aux répercussions difficilement contrôlables.
À titre d’exemple, dans le cas d’un déplacement de population en urgence face à une brusque montée des eaux, des tensions peuvent apparaitre au sein de la communauté. Celles-ci engendrent à leur tour des phénomènes de panique dont les conséquences peuvent être multiples (violence, mise en danger par le non-respect des consignes, dégradations, etc.).

Anticiper l’entièreté des conséquences d’une prise de décision en situation d’urgence se révèle difficile voir impossible. Toutefois, il convient de minimiser les effets de surcharge pour pouvoir les absorber et ainsi éviter de produire de la catastrophe dans la catastrophe.

La place de l'architecte

Dans tout cela se pose la question de la place du citoyen et, dans mon cas, de l’architecte.
Quel rôle avons-nous à jouer ? Comment nous en saisir ?

À mon sens, les problématiques de catastrophes, épidémique dans le cas du covid-19, exigent une réponse pluridisciplinaire. Il ne revient pas seulement aux politiques, aux virologues ou aux agences de santé d’amorcer des solutions. Les réponses doivent être adaptées à la complexité de notre écosystème. Il faut désormais pouvoir répondre avec un large champ de compétences en regardant dans un même sens. Face aux potentiels phénomènes de cascade, il nous faut être capables d’anticiper par la constitution d’équipes pluridisciplinaire permettant d’embrasser l’ensemble de l’écosystème et d’équilibrer les moyens de compensation pour préserver le fonctionnement des activités en durant la phase de crise. Par la suite, il faut être capable d’enclencher une phase de post-urgence pour rétablir au mieux les activités tout en prévenant des risques de rechutes…ou d’une autre catastrophe.

Dans cette réflexion sociétale, l’architecte doit jouer un rôle et ne pas se montrer démissionnaire. Notre profession est historiquement liée à une réflexion sur la société. De tels sujets ne doivent pas être dénigrés. Notre métier s’attache à coordonner des corps de métiers variés dont les intérêts divergent en fonction des situations. Il s’agit donc, sur un temps donné, de permettre à un groupement d’experts de regarder dans une même direction et de s’accorder sur une vision commune, satisfaisante au regard des contraintes de chacun des secteurs.

Aujourd’hui, je m’interroge sur l’impact de ce désastre : cette épidémie du covid-19, comme bien d’autres auparavant, fera-t-elle prendre conscience à tout un chacun que la catastrophe fait partie intégrante de notre écosystème ?
Notre méconnaissance de nos territoires et des risques qui y sont liés accentuent le défi de notre société pour réapprendre à vivre avec la catastrophe. Il nous faudra un long travail de réappropriation de ces territoires pour que l’intégration du risque (et de ses conséquences) aux projets, quels qu’ils soient, devienne un réflexe dans le processus de conception. La France reste relativement peu touchée par les catastrophes. Néanmoins, la crise épidémique du covid-19 devrait nous faire prendre conscience de l’urgence de faire évoluer notre rapport aux désastres. La stratégie de l’autruche a ses limites.


 « C’est à l’inévitabilité de la catastrophe et non à sa simple possibilité que nous devons désormais nous confronter. »
J.P. Dupuy

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